De quoi l'investissement à impact est-il le nom ?

Dernière mise à jour : 16 juin 2021

Au cours des dernières décennies, le nombre de défis auxquels l'humanité doit faire face semble s'être démultiplié. Menace climatique, accroissement des inégalités, toute-puissance du numérique, crises sanitaires mondiales... Pour y répondre, un nouvel outil tend à se démocratiser : le recours à l'investissement à impact, ou impact investing. Mais qu'est-ce qui se cache réellement derrière ce terme, particulièrement en vogue ?

La rentabilité a longtemps été l'alpha et l'oméga des investissements financiers. Petit à petit, face aux exigences des investisseurs souhaitant donner du sens à leur épargne, des fonds dits responsables ont d'abord émergé - mais il s'agissait avant tout d'une manoeuvre rhétorique, la composition de ces fonds ne subissant pas vraiment de transformations par rapport aux fonds classiques. Aujourd'hui, l'avènement d'une nouvelle pratique, l'investissement à impact, change enfin la donne.



Qu'est-ce que l'investissement à impact ?


L'investissement à impact admet plusieurs définitions, qui varient selon les contextes et les individus. Cela est principalement dû à la confusion qui est généralement opérée avec l'investissement responsable en général, dont l'investissement à impact n'est qu'une sous-catégorie (d'ailleurs largement minoritaire - voir ci-dessous).


Il est néanmoins possible de convenir d'une définition générale et consensuelle, plébiscitée par le GIIN (Global Impact Investing Network), la principale autorité en la matière :

L'investissement à impact désigne l'ensemble des investissements réalisés dans l'intention de générer un impact social et environnemental positif et mesurable, parallèlement à un rendement financier.

Les investissements à impact peuvent être réalisés sur les marchés émergents comme sur les marchés développés. Ils visent généralement une gamme de rendements proches du taux de marché, bien que cela puisse varier en fonction des objectifs stratégiques des investisseurs.


À travers l'investissement à impact, le capital n'est pas redirigé vers des secteurs quelconques déterminés sur la seule base de leur rendement financier. Au contraire, il est investi dans des secteurs tels que l'agriculture durable, les énergies renouvelables, la conservation, la microfinance et les services de base abordables et accessibles (notamment le logement, les soins de santé et l'éducation) - avec pour objectif de relever les grands défis les plus urgents auxquels nous devons aujourd'hui faire face.


On pourrait être tenté d'assimiler investissement à impact, et investissement responsable en général. Ce serait une erreur, comme en témoigne le graphique ci-dessous (source : Eurosif).

L'investissement à impact est donc une sous-catégorie et ne représente qu'une faible part - bien que croissante - de l'investissement responsable en général.

Il s'oppose par exemple à l'exclusion, qui fonctionne en écartant systématiquement des portefeuilles d'actions les entreprises ayant des activités néfastes pour l'homme, la société, ou l'environnement - quand bien même elles mènent par ailleurs des activités durables et responsables. Toute compagnie pétrolière se verrait par exemple exclue de facto d'une stratégie d'investissement par exclusion.



Les quatre piliers


Comment pratiquer l'investissement à impact ? S'il est facile de convenir de la définition de l'investissement à impact donné ci-dessus, il est beaucoup moins évident de savoir comment y parvenir. Là encore, le GIIN a défini quatre piliers, qui constituent les attentes de base en matière d'investissement à impact.


  • Intentionnalité

C'est la première et sans doute la plus évidente des caractéristiques fondamentales. Elle désigne le fait qu'il est nécessaire d'afficher une volonté délibérée de contribuer à un bénéfice social ou environnemental mesurable, pour pouvoir parler d'investissement à impact. En d'autres termes, on ne peut pas catégoriser un investissement à impact a posteriori.


  • Démontrabilité

L'investissement d'impact doit reposer sur des preuves et des données, qui établissent pourquoi et dans quelle mesure il conduire à des avantages sociaux et environnementaux. Une approche intuitive, ou encore une conséquence favorable mais imprévue d'un investissement, ne permettent pas de qualifier ce dernier d'investissement à impact.


  • Gestion de la performance

L'investissement d'impact s'accompagne d'une intention spécifique et nécessite que les investissements soient gérés en fonction de cette intention. Cela implique la mise en place de boucles de rétroaction et la communication d'informations sur les performances pour aider les autres acteurs de la chaîne d'investissement à gérer l'impact.


  • Mutualisation

Les investisseurs ayant des pratiques d'investissement d'impact crédibles utilisent des termes, des conventions et des indicateurs communs au secteur pour décrire leurs stratégies, leurs objectifs et leurs performances en matière d'impact. Ils partagent également les leçons apprises lorsque cela est possible afin de permettre aux autres de tirer des leçons de leur expérience sur ce qui contribue réellement aux bénéfices sociaux et environnementaux.



Investissement à impact ou greenwashing ?


Savoir dans quel secteur est injecté l'argent d'un investissement ne suffit pas pour dire si ce dernier rentre dans la catégorie des investissements à impact : encore faut-il savoir comment cet argent sera ensuite utilisé. Pour cette raison, la transparence est au coeur de l'investissement à impact. C'est elle qui permet de discerner entre investissement à impact et greenwashing.


Comment cette transparence est-elle acquise ? Les quatre piliers mentionnés précédemment garantissent l'accès aux données propres à chaque entreprise et la démontrabilité de l'impact positif de celles-ci. L'investissement à impact repose donc en premier lieu sur l'accès aux données propres à chaque entreprise - le "quoi" - et sur l'analyse empirique des résultats obtenus en matière d'impact - le "comment". En d'autres termes, il est à la fois nécessaire pour l'investisseur de connaître l'état d'une entreprise, et d'être capable d'estimer la manière dont cet état influence le monde.


Pour garantir cela, de nombreuses initiatives ont émergé. La plus célèbre d'entre elles, l'initiative SBTI (Science-Based Target Initiative), oeuvre pour une normalisation des rapports annuels des entreprises, afin de pouvoir ensuite appliquer une méthodologie unique et cohérente.


Chez Sways, nous explicitons les thématiques de chaque entreprise pour vous permettre de comprendre exactement pourquoi une entreprise donnée figure dans votre portefeuille, et quelles thématiques durables elle contribue à développer. Nous détaillons également l'éthique de chaque entreprise selon huit critères représentatifs, avec un souci de transparence particulier quant à notre méthode de notation, pour vous permettre de comprendre comment cette entreprise impacte le monde d'un point de vue éthique.


Pour plus d'informations sur notre approche, cliquez ici.



Quelle rentabilité pour l'investissement à impact ?


On entend souvent que les rendements financiers doivent être sacrifiés lorsqu'on opte pour l'investissement d'impact plutôt que pour un investissement traditionnel. C'est faux.


Bien que certains investisseurs d'impact privilégient l'impact au gain financier, il demeure possible d'investir avec impact sans compromettre les rendements. Notre méthode permet à nos clients de commencer à investir en bourse en fonction de leur stratégie d'investissement durable personnalisée. Nous veillons à ce que les portefeuilles soient bien diversifiés et conçus pour suivre les performances du marché boursier dans son ensemble, de sorte à optimiser leurs rendements, tout en mettant l'accent sur l'impact social et environnemental.


De fait, ces considérations supplémentaires agissent comme des garde-fous financiers : un portefeuille d'actions construit autour de pratiques environnementales et sociales solides est moins sensibles aux risques financiers liés à des éléments tels que les amendes environnementales, la fluctuation des prix du pétrole, la corruption et les scandales liés aux droits de l'homme.



Avoir le contrôle dès le premier centime


Une crainte répandue chez les particuliers qui souhaitent promouvoir l'investissement à impact est celle de ne jamais pouvoir réellement peser dans la balance : que changeront quelques centaines ou milliers d'euros, face à des entreprises qui en pèsent plusieurs millions ou milliards ?


Cette crainte, bien que légitime, est erronée.


Traditionnellement, les acteurs financiers (banques, gestionnaires d'actifs) avaient tout pouvoir sur la manière dont ils investissaient les actifs sous leur gestion. Ils pouvaient alors décider de formuler des exigences concrètes, menaçant de couper les financements vers les entreprises qui ne les respecteraient pas. Malgré la montée en puissance de l'investissement à impact, cette réalité subsiste aujourd'hui : lorsqu'en 2017, BlackRock a haussé le ton sur la diversité et le climat, de nombreuses entreprises se sont empressées de rééquilibrer leurs conseils d'administration et d'annoncer de nouvelles mesures environnementales.


Pourtant, il est particulièrement rare que les acteurs financiers formulent de telles menaces. Notre épargne contribue donc le plus souvent à financer des entreprises et des secteurs définis par les gérants d'actifs, sans que nos convictions et nos valeurs n'entrent dans l'équation.


Se tourner vers l'investissement à impact, ce n'est pas simplement reprendre le contrôle de son épargne à titre individuel. C'est, plus généralement, contribuer à faire une différence en s'inscrivant dans un mouvement collectif qui, lui, a le pouvoir de changer les choses. À travers l'investissement à impact, les sommes qui sont réorientées vers des secteurs durables et responsables ne doivent pas être pensées du point de vue individuel : elles sont au contraire multipliées par le nombre d'investisseurs, et peuvent alors devenir colossales - les petits ruisseaux font les grandes rivières.


Au-delà de cette loi des grands nombres, il existe des exemples encore plus parlants où des individus ont eu un impact social tangible à travers leurs investissements. Dans de nombreux cas, ces investisseurs ont été en mesure de déclencher des changements spectaculaires dans le mode de fonctionnement d'une entreprise : l'investissement à impact peut en effet mener, à terme, à l'engagement actionnarial (et donc à l'exercice du droit de vote). Par exemple, un groupe de militants pour la sécurité des armes à feu a acquis des parts importantes du fabricant d'armes Ruger, afin de faire pression sur la société pour qu'elle surveille la violence associée à ses armes et développe des produits plus sûrs.


Participer à la transformation du monde d'aujourd'hui et voter pour le monde de demain : voilà quelles sont les deux promesses de l'investissement à impact.